Le secrétaire général de l’UITBB s’adresse à la séance plénière de la CIT
Intervention de Michalis Papanikolaou, secrétaire général de l’UITBB, à la 114e session de la Conférence internationale du travail – Genève, juin 2026
Je m’adresse à cette 114e session de la Conférence internationale du Travail au nom de l’Union internationale des travailleurs du bâtiment, du bois et des matériaux de construction (UITBB), représentant des millions de travailleurs du bâtiment à travers le monde, pour évoquer l’importance du dialogue social.
Peut-il y avoir un dialogue social efficace sans un mouvement syndical fort ?
Peut-il y avoir un dialogue social efficace sans que le gouvernement ne se range du côté des travailleurs ?
Nous estimons que le dialogue social n’est pas une simple formalité ni une idée qui fait bonne impression sur le papier. C’est le fondement du travail décent et un mécanisme essentiel pour bâtir des sociétés plus justes. Dans le secteur de la construction — qui construit les infrastructures de notre monde actuel —, un dialogue social sincère entre les gouvernements, les employeurs et les travailleurs peut faire la différence entre la vie et la mort, entre la dignité et l’exploitation.
Le secteur du bâtiment reste l’un des plus dangereux au monde. Chaque année, environ 60 000 travailleurs perdent la vie dans des accidents du travail, soit un toutes les huit minutes. Les chutes, l’exposition à des substances dangereuses telles que l’amiante, les efforts physiques intenses et les conditions météorologiques extrêmes continuent de faire des milliers de victimes et de briser d’innombrables familles. Ces tragédies ne sont pas inévitables. Elles sont le résultat de choix — des choix qui font passer les marges de profit avant la vie humaine.
Il est de notoriété publique que les droits des travailleurs, en particulier dans le secteur du bâtiment, sont remis en cause partout dans le monde, ce qui ne fait que souligner davantage l’importance du dialogue social. Aujourd’hui, la couverture de la négociation collective reste très faible dans de nombreux pays à travers le monde. Les politiques conservatrices ont affaibli les syndicats, favorisé les formes d’emploi précaires et flexibles, et laissé des millions de travailleurs — en particulier les migrants, les femmes et les jeunes — exposés et vulnérables.
Nous avons donc besoin d’un véritable dialogue social. Un dialogue social qui, lorsqu’il s’appuie sur la négociation collective, que les syndicats sont présents et que les conventions collectives sont respectées, se traduit par une amélioration des normes de sécurité, des salaires plus élevés et des conditions de travail plus humaines.
Les gouvernements ont un rôle décisif et irremplaçable à jouer dans ce contexte. Ils doivent se ranger du côté des travailleurs, qui sont ceux qui ont besoin d’être protégés. Ceci implique notamment :
– Mettre pleinement en œuvre et faire respecter les conventions et recommandations de l’OIT relatives au dialogue social, à la liberté syndicale et à la négociation collective.
– Renforcer les inspections du travail.
– Appliquer intégralement la législation du travail en matière de droit d’organisation, de négociation collective, de sanctions financières sévères en cas de violation des conventions collectives, etc.
– Intégrer l’intégralité du coût des mesures de santé et de sécurité dans les budgets des projets, et imposer des sanctions sévères aux employeurs qui les négligent.
Chers / Chères délégués/es,
Les travailleurs du bâtiment construisent l’avenir. Ils méritent de rentrer chez eux sains et saufs chaque soir, de percevoir un salaire décent et de voir leur voix collective respectée dans la définition de leurs conditions de travail.
Un dialogue social dépourvu d’engagement gouvernemental en faveur des droits des travailleurs n’est qu’une façade qui ne fait qu’aggraver les inégalités et les déséquilibres entre le capital et le travail. Ce n’est que lorsque les gouvernements protègent les plus vulnérables que le dialogue social peut déboucher sur de réels progrès en matière de travail décent, de réduction des inégalités et de développement durable.
Pour l’UITBB, le choix qui s’offre à nous est clair : soit nous renforçons le dialogue social et le rôle régulateur de l’État en faveur des travailleurs, soit nous continuons sur une voie qui aggrave l’exploitation.
Merci de votre attention.


